Les Lilas : les policiers violents qui avaient été filmés sont interdits d’exercer

 

Des peines de deux mois et deux ans d’interdiction d’exercer la fonction de policier ont été prononcées contre deux fonctionnaires, filmés en train de frapper en 2016 et 2017. Un procès en appel au moins est déjà prévu.

Une relaxe et deux interdictions d’exercer. Le tribunal correctionnel de Bobigny a rendu son jugement, ce lundi, dans deux affaires impliquant des fonctionnaires des Lilas, filmés par des vidéos amateurs, diffusées lors du procès le 20 novembre dernier.

La première vidéo datait du 27 mai 2017. A l’image, un policier frappe un homme à coups de Rangers dans la tête. La scène se passait de nuit, près d’une sandwicherie, où les policiers venaient commander des kebabs. L’auteur des coups a été condamné à dix mois de prison avec sursis et deux ans d’interdiction d’exercer. Les deux policiers étaient repartis sans prévenir les secours, ni faire de rapport.

A la barre au procès, le policier avait exprimé des regrets, et expliqué avoir « perdu ses moyens ». Tout jeune père, il dormait peu, l’avait défendu son avocate. Son collègue, qui n’avait pas non plus dénoncé les faits, a en revanche été relaxé. A la barre, il avait reconnu avoir menti, par « peur d’être mis à l’écart ». Le procureur, qui avait dit à leur sujet « avoir honte pour notre police », avait réclamé deux condamnations, dont six mois de prison ferme contre l’auteur des coups et une interdiction d’exercer de cinq ans.

Tandis que les policiers rejoignaient des collègues à l’extérieur de la salle après le jugement, la victime a confié sa déception. « S’il s’était agi de quelqu’un d’autre qu’un policier, il n’y aurait pas eu de relaxe », a confié le père de famille qui se voit octroyer 2 500 € de préjudice moral. « Il faut faire des vidéos et aller jusqu’au bout », a renchéri son avocate, Me Louise Tort pour qui « la solidarité entre les deux fonctionnaires méritait d’être sanctionnée ».

« Le coup de poing n’est pas une technique de dégagement »

Le troisième fonctionnaire jugé avait lui aussi été filmé, six mois plus tôt aux portes du lycée Paul-Eluard. Sur les 4 secondes d’images – qui avaient conduit le parquet à rouvrir l’enquête – on voit un policier décocher un coup de poing à un jeune qui s’effondre. Hors champ, il en donne un second.

La police intervenait pour un jeune avec un taser, qui n’a jamais été trouvé. Et le contrôle d’identité a dégénéré. Le fonctionnaire ignorait que l’élève qui s’agrippait à lui après avoir posé ses béquilles était handicapé à 80 % après une chute de 15 m. Quelques mois après ces coups, le lycéen était repassé sur le billard, les deux tiges en fer qui lui maintenaient le dos étaient déboîtées. « C’est la vidéo miraculeuse… mais on ne voit pas le début. Et rien ne prouve que son état de santé se soit dégradé à cause de ce coup », avait plaidé Me Anne-Laure Compoint, réclamant la relaxe. Le parquet avait demandé trois mois avec sursis et quatre mois d’interdiction d’exercer.

« Un coup de poing n’est pas une technique de dégagement », a jugé le tribunal, prononçant trois mois de prison avec sursis et deux mois d’interdiction d’exercer dans la police. Il devra s’acquitter en outre de 1 500 € en attendant l’audience civile en juin. Me Compoint a d’ores et déjà annoncé qu’elle interjetait appel.

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