Aulnay : la police municipale ouvre la voie du dialogue

Depuis un mois, la police municipale a mis en place une brigade spéciale chargée de renouer le dialogue avec la population, en particulier les jeunes. Dans la ville de l’affaire Théo, elle prend tout son sens.

18h30, mardi, gare d’Aulnay : la Suge, la police ferroviaire, embarque un jeune homme. Une dizaine de policiers l’escortent tandis qu’un maître-chien maintient à distance un petit groupe de jeunes très remontés. Les insultes fusent. Mais cette tension va être contenue. D’autres uniformes ont fait leur apparition. Fermement, sans hausser le ton, deux policiers réussissent à calmer le jeu. Ces fonctionnaires appartiennent à la nouvelle brigade de contact et lien population, la BCLP, mise en place il y a un mois par la police municipale.

La Suge a quitté le parvis. David, 45 ans et Jonathan, 29 ans, les deux policiers de la brigade poursuivent la conversation avec les jeunes. Certains sont connus pour des vols à la tire ou du deal. Les policiers leur rappellent ce qu’ils risquent en insultant les forces de l’ordre, mais parlent aussi du quotidien. « Ils nous montrent du respect », indique l’un des jeunes. Tout semble dit.

Quatre fonctionnaires ont intégré cette police de sécurité du quotidien avant l’heure (NDLR, la nouvelle police nationale de proximité en gestation). Son but : restaurer le dialogue avec la population. « C’est une initiative des agents de terrain, qui découle d’une réflexion après l’affaire Théo », explique Loïc Le Roux, directeur de la tranquillité et de la sécurité publique, à la tête d’un service de 79 policiers, le plus étoffé d’Ile de France. En février 2017, une intervention musclée de la police nationale avait dégénéré. Théo, 22 ans, avait eu l’anus perforé par la matraque d’un agent. « Nous avons passé six mois très difficiles », confie le patron de la police municipale. Caillassage, insultes. Les relations restent tendues.

« On sentait qu’on devait faire différemment, sinon le fossé allait continuer à se creuser, poursuit Loïc Le Roux. Il fallait ramener les gens vers nous. » Les policiers ont été choisis pour leur capacité à rester zen en toutes circonstances. Parmi eux, une jeune femme, le senior et le benjamin de la police municipale. Les patrouilles sont faites à VTT. « Au début, les jeunes nous charrient mais au final cela favorise le dialogue. Ça a un côté convivial », explique Jonathan, sanglé dans une tenue « robocop ». Sous l’uniforme, ils ont enfilé genouillères, protège-tibias. Même la casquette est renforcée par une coque. Comme leurs collègues, ils sont équipés de l’armement de rigueur et aussi d’une caméra piéton. « C’est beaucoup plus dissuasif qu’une arme. Que ça filme ou non, on sera droit dans nos bottes », glisse David, également champion d’Europe de mix martial art.

Pendant les fêtes, les policiers ont privilégié le centre-ville. Mais ils ne s’interdisent pas d’aller dans les cités les plus difficiles. « Les habitants sont très demandeurs », indique Jonathan. Après un mois, l’initiative s’avère encourageante. « Les jeunes se montrent plutôt réceptifs à la discussion. Les plus virulents préfèrent partir tout de suite ». Tout en renouant le dialogue, la brigade ne perd pas de vue son autre mission : « On leur dit : si on doit vous attraper, on le fera. Il y a une remise en place de l’autorité », souligne David.

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