Pas toujours dans les clous, mais en chemin…Gérard Marle prêtre .

— Qu’est-ce qui vous a amené à signer l’Appel pour la création d’un Observatoire de la fraternité en Seine-Saint-Denis ?

Outre l’estime réelle pour celles et ceux rle pretre qui m’ont parlé de cette initiative, j’ai signé dans le droit-fil de mon histoire personnelle, de religieux, de prêtre, de militant aux engagements à la fois longs et variés. J’ai 72 ans, et finalement, qu’ai-je recherché d’autres que d’essayer de rendre le monde plus juste, plus fraternel ?  Qu’ai-je vu d’autre, sinon des gens admirables et qui faisaient au mieux avec ce qu’ils étaient ? Comme moi, ils n’étaient pas toujours dans les clous, mais ils étaient en chemin, (le temps – incertain-  l’emporte sur l’espace – que l’on veut toujours contrôler). Ils avaient du « souffle » Ils vivaient, c’est-à-dire qu’ils faisaient des choses que ni la loi ni les multiples réglementations ne pouvaient leur imposer. Qui peut imposer à quiconque d’accueillir un voisin étranger, de porter des vêtements pour enfants à des Roms en camping, de donner du temps à un chômeur, — et ne pas condamner parce qu’il y a des juges pour cela —, ou de redonner confiance au gamin qui a un comportement inacceptable ? La loi peut nous interdire de faire le mal, mais ne peut nous obliger à faire le bien, et encore moins nous dire où est le bien. Alors, il faut chercher dans ses convictions, ses croyances, son histoire, son cœur (eh oui !) .

D’autant que si nous savons faire le mal, nous ne savons pas souvent comment faire pour faire bien. « Il nous faut penser ce que nous faisons » (Annah Arendt) et la fraternité est toujours à réinventer.

Cet observatoire a un élément déclenchant : les attentats qui se sont déroulés sur notre sol, dans notre département, chez nous donc, ce sont « des nôtres » qui ont sombré dans l’horreur. C’est une bonne raison pour commencer cet observatoire : il devra mettre en lumière, à côté de cette face noire, le courage habituel, l’intelligence des gens modestes, leurs erreurs de parcours parfois et leur générosité. Leur fraternité qu’ils jugent parfois normale alors qu’elle ne l’est pas.

Mon parcours m’a conduit, contre ce que je pensais il y a quarante ans, à cultiver des rencontres avec d’autres croyants, musulmans en particulier, parce que la situation l’impose. Je le fais avec le bonheur de la rencontre. Cette fraternité à construire a besoin d’un terreau plus large. Que cet observatoire peut offrir.

Gérard Marle 013(Prêtre)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *