Portrait d’Aline Archimbaud

Portrait d’Aline Archimbaud

Sénatrice écologique

Seine-Saint-Denis

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Quand et comment avez vous eu l’idée de créer l’Observatoire?

Durant une période qui était très sombre pour notre pays juste après les attentats notamment celui du Bataclan et le résultat des élections régionales en décembre 2015. Qui montrait l’implantation et le développement d’un parti extrémiste, le Front National. C’était une période difficile et on a eu cette idée à plusieurs. Parmi les fondateurs il y a des médecins, des associatifs, des enseignants et des personnalités religieuses et laïques. L’idée étant de mettre en place un réseau qui luttera contre les divisions existantes dans la population, la stigmatisation de certains notamment des musulmans et beaucoup de peur et de repli sur soi. Et l’idée était aussi de voir comment nous allons faire reculer ces deux formes d ‘extrémisme qui sont d’une part les idées véhiculées par le Front National. Et d’une autre part la « barbarie djihadisme », qui prônent elle aussi la violence, la guerre et la mort. Le but est surtout de soutenir, d’encourager et de développer des initiatives de dialogue, d’écoute et de vivre ensemble.

 

Pourquoi Observatoire de la Fraternité?

Par définition l’Observatoire ça observe. On ne prétend pas à être les seuls à faire de la Fraternité, on est plutôt là pour voir tout ce qui se fait de positif sur le département. Et de créer un dynamisme entre tous les habitants et les acteurs du 93.

 

Comment vous vous y êtes pris pour créer l’Observatoire?

J’ai eu cette avec d’autres et puis on a fait le tour de nos connaissances. On est allé voir les grands réseaux qui existent en Seine-Saint-Denis : La Ligue des Droits de l’Hommes, la Fédération des Centres Sociaux de la Seine-Saint-Denis, les CEMEA… De très nombreuses associations de quartiers (sportives, culturelles, de solidarités…), des enseignants, j’ai contacté personnellement des acteurs économiques, des réseaux culturels : Zebrock, Théâtres, musiciens, cinéastes, dessinateurs de bandes dessinées, des écrivains… Des personnalités religieuses de toutes confessions tant bien que même que notre réseau soit démocratique et laïque. On a aussi contacté des élus locaux de différents partis politiques pour avoir différents points de vue. Deux autres sénateurs ont signé avec moi Gilbert Roger et Evelyne Yonnet. Il y a aussi des maires comme celui de Stains, de Bobigny et de Saint-Denis. Et le président de Plaine Commune. On a eu très vite des réponses positives. On a donc réuni tout ce mond- là et on a vu qu’il se faisait beaucoup de choses et qui fallait les mettre en valeur.

 

Qu’est ce que ce réseau représente pour vous?

C’est quelque chose de très précieux par les temps qui courent. Parce qu’il faut arriver à dépasser la peur, le repli sur soi, les préjuges racistes et xénophobes et la stigmatisation de la religion musulmane. C’est d’autant plus précieux car ce réseau doit faire et développer du concret, des initiatives concrètes de vivre ensemble. On a commencé par organiser des banquets avec des centaines de personnes présentes c’était un moment d’échanges et de partage durant lesquels les étaient joyeux et les gens se découvraient. On est aussi dans une période de crise où les gens se méfient beaucoup de l’action publique, énormément de l’action politique et même de l’action publique. Ce réseau est créé sur la base de la fraternité il y a l’idée vis-à-vis de l’autre de prendre soin de lui et d’être avec lui. Sur cette base là on peut reconstruire des mobilisations, des actions contre les inégalités sociales, la pauvreté, tous les dérapages racistes d’où qu’ils viennent et les bavures policières. C’est donc un réseau très précieux dans cette période qu’il faut élargir

 

Comment percevez vous la fraternité dans le 93 ? Comment se manifeste t-elle ?

La fraternité dans le 93 ça ne date pas d’aujourd’hui, je suis dans le 93 depuis une trentaine d’année maintenant. Comme en Seine-Saint-Denis, il y a beaucoup de familles qui rencontrent des difficultés de logement, échec scolaire et économique. Il y a des traditions de solidarité ancienne et d’entraide dans les quartiers. La fraternité c’est la volonté de se rapprocher des autres, de les écouter et d’accepter les différences, les désaccord ne sont pas un problème on est différents, mais on a envie de vivre ensemble et d’avoir les un pour les autres de l’amitié, de solidarité et l’entraide. La fraternité est l’une des trois devises de la République Française, sans fraternité il est difficile de se mobiliser pour l’égalité et de maintenir la liberté. C’est une devise qui ne doit pas être abstraite elle doit être vécue à chaque époque selon les modes de vie.

 

Quelles causes défendez vous et quelles sont vos valeurs?

Je suis très mobilisée à la fois sur la lutte des inégalités sociales. On ne peut pas avoir un pays en paix sans un minimum de justice sociale. La solidarité, l’ouverture au monde et la liberté démocratique : la liberté d’expression, d’opinion et de manifestation. Je pense que la société civile doit être autonome par rapport au parti politique, elle doit prendre la parole et s’organiser elle- même. J’ai une valeur aussi inspirée de l’écologie qui est en lien avec les autres, celui de protéger la planète et faire attention à ne pas tout détruire. Ceux sont les plus pauvres qui souffrent le plus des problèmes écologique. Ceux sont les plus fragiles qui sont confrontés à la crise écologique, à la pollution et au bruit. Il faut se battre contre la crise sociale, écologiste et démocratique sont liées.

 

Pensez-vous que votre statut politique est un frein ou un plus pour l’Observatoire?

Je me suis servi de mon statut parlementaire pour contacter des gens et des réseaux. J’essaye de l’utiliser au maximum pour protéger les personnes attaquées et mises en causes dans cette société. Quand j’ai été élue j’ai dit que je serai une parlementaire au service des plus pauvres. Je m’en sers pour renforcer ce réseau et contacter des gens. Il y a une tradition politique qui traverse tous les partis qui visent à instrumentaliser les mouvements citoyens c’est-à-dire à s’en servir pour se faire réélire et se mettre en avant à des fins politiques. Je fais très attention à ça, nous sommes là en soutien et pas là pour s’en servir sur le plan politique. Pour moi les politiques doivent ouvrir des espaces aux citoyens mais de ne pas diriger ces mouvements ou ces associations chacun doit avoir sa place. Il y avait une expression employée dans le temps « courroie de transmission » c’est-à-dire que les associations étaient des sortes de courroies de distribution pour les partis politiques cette vision est à combattre aujourd’hui. Les citoyens puissent par eux- mêmes prendre la tête du mouvement et en faire ce qu’ils veulent en faire. Il faut qu’il y est contre pouvoir, car les politiques ne savent pas tout en ce qui concerne la société. Je suis dans le réseau en tant que citoyennes avec mon titre de sénatrice.

 

Pensez-vous que la question de la fraternité est assez abordée dans le milieu politique et médiatique ?

Elle est abordée par certains journalistes, il y a des journalistes qui suivent ce qu’on fait. Mais les médias ne mettent pas en valeur les initiatives positives qui ont lieu. La presse n’en parle pas, elle parle uniquement des problèmes qu’il y a et donne une vision fausse de la Seine-Saint-Denis. En Seine-Saint-Denis il y a des difficultés mais il y a aussi énormément de choses positives qui s’y passent. Dans les discours politiques personne ne conteste la Fraternité, mais dans les faits on voit bien que certains partis sont xénophobes, racistes, anti immigrés. Et ne tiennent pas du tout des discours fraternels.

 

Si non, comment comptez-vous y remédier ?

Il faudrait revoir le monde politique qui est un monde fermé qui se reproduit lui-même. Ce sont des personnes de milieus assez aisé, blanches assez âgées, très peu de femmes et d’immigrés. On ne peut pas avoir des parlementaires dans des assemblées qui ne reflètent pas la France. Si on veut faire de bonnes lois il faut que toute la France y soit représenté les vieux, les chômeurs, les immigrés, les ouvriers, les femmes, les jeunes…En général le monde politique est coupé de la réalité sociale. Tant que le monde politique ne sera pas rénové ça n’ira pas.

 

Pensez-vous que le réseau à un bel avenir devant lui malgré les prochaines élections qui auront lieu ?

Oui, cela dépend de nous il faut qu’on soit très ouvert il faut qu’on se développe et trouver les moyens d’entraîner pleins de personnes dans notre démarche. Je pense en outre au 1er juillet pour nous faire connaître un maximum. Je compte aussi beaucoup sur les jeunes pour qu’ils animent le réseau avec leur façon de faire. L’Observatoire à un bel avenir devant car tout n’est pas réglé et il y a encore beaucoup de travail.

 

Quels conseils pourriez  vous donner à des personnes souhaitant comme vous valoriser et répandre comme vous la fraternité?

De préparer avec nous les initiatives, de définir ce qu’on va faire le1er juillet et mener des actions, des actions concrètes car il faut du concret. Il faut être simples et prêts des gens, de se mobiliser quand ça ne va pas.

 

A votre avis comment les jeunes se situent-ils face à cette fraternité dans le 93 ?

Il y a certains jeunes qui ont envie de s’engager et d’autres qui sont d’espérer et qui pour eux la fraternité c’est du baratin. Il faut faire avec ces jeunes-là des choses très concrètes des rencontres et/ou des fêtes.

 

Depuis que vous avez créé l’Observatoire de la Fraternité, avez-vous une nouvelle vision du vivre ensemble dans le 93 ?

J’ai découvert davantage tout ce qui se fait dans le 93 et l’idée est de le mettre en valeur et de le faire connaître pour qu’il soit relayé.

 

Qu’attendez vous du festival du 1er juillet?

J’attends 1000 personnes. Et que ce soit une étape pour qu’on s’élargisse vraiment et qu’on commence à s’adresser à un public plus large. Et qu’on travaille sur l’organisation de cet événement avec beaucoup de personnes car elles vont nous apporter leur réseau et leur façon de faire. Il faut qu’on arrive à devenir un réseau repéré en Seine-Saint-Denis.  

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